Écosystème

CPO et EMSP : comprendre les acteurs de la recharge électrique

· 9 min de lecture

Quand vous faites le plein d'essence, c'est simple : une station, une pompe, un paiement. La recharge électrique, elle, fonctionne avec un écosystème plus complexe où plusieurs acteurs interviennent entre la borne et votre facture. CPO, EMSP, roaming, OCPI... Derrière ces acronymes se cachent des rôles distincts qui déterminent où vous rechargez, combien vous payez, et avec quelle application. Ce guide décortique chaque maillon de la chaîne.

L'écosystème de la recharge : qui fait quoi ?

À la station-service, le même opérateur possède la pompe, vend le carburant et encaisse le paiement. Dans la recharge électrique, ces fonctions sont séparées entre plusieurs acteurs spécialisés. Voici les principaux :

CPO (Charge Point Operator)

L'opérateur de points de charge. Il installe, exploite et maintient les bornes physiques. C'est lui qui s'assure que la borne fonctionne, qu'elle est connectée et supervisée.

EMSP (e-Mobility Service Provider)

Le fournisseur de services de mobilité électrique. C'est lui qui fournit le badge, l'application et la facture au conducteur. Il agrège l'accès à des milliers de bornes de différents CPO.

Plateformes de roaming

Gireve, Hubject et les protocoles comme OCPI connectent les CPO et les EMSP entre eux. Sans elles, chaque badge ne fonctionnerait que sur les bornes de son propre réseau.

Autres acteurs

Les gestionnaires de réseau (Enedis en France, Elia en Belgique) fournissent le raccordement électrique. Les fabricants de bornes (ABB, Schneider Electric, Alfen, EVBox) conçoivent le matériel. Les entreprises d'installation comme JCSM déploient et raccordent les infrastructures sur le terrain.

Le parcours d'une recharge, étape par étape : Vous arrivez devant une borne → vous badgez avec votre carte EMSP → l'EMSP contacte le CPO via une plateforme de roaming → le CPO autorise et démarre la charge → l'énergie est délivrée → en fin de session, le CPO facture l'EMSP → l'EMSP vous facture. Tout cela prend moins de 10 secondes.

CPO : l'opérateur de points de charge

Le CPO (Charge Point Operator) est le propriétaire ou le gestionnaire de l'infrastructure physique de recharge. Concrètement, c'est lui qui s'occupe de tout ce qui se passe entre la borne et le réseau électrique.

Les responsabilités du CPO

  • Installation et raccordement : déploiement physique des bornes, travaux de génie civil, raccordement au réseau électrique (en lien avec Enedis ou Elia)
  • Exploitation et supervision : monitoring en temps réel via le protocole OCPP (Open Charge Point Protocol), détection des pannes, redémarrage à distance
  • Maintenance : interventions préventives et curatives, remplacement de pièces, garantie de disponibilité (SLA)
  • Gestion des paiements : mise en place du terminal de paiement par carte bancaire (obligatoire sur les bornes DC depuis le règlement AFIR)
  • Conformité réglementaire : affichage des prix, accessibilité PMR, déclaration sur la plateforme data.gouv.fr

Exemples de CPO en France

Le marché français compte des dizaines de CPO de tailles très différentes :

  • TotalEnergies (code AFIREV : FRTOE) : premier réseau de recharge rapide en France, plus de 40 000 points de charge
  • Izivia (groupe EDF) : réseaux Corri-Door et stations urbaines
  • Allego : spécialiste des hubs de recharge rapide, présent dans toute l'Europe
  • Freshmile : CPO et EMSP alsacien, fort sur les réseaux de collectivités
  • Last Mile Solutions : CPO spécialisé dans les solutions pour entreprises et collectivités

Un CPO n'est pas forcément une entreprise privée. De nombreuses collectivités locales sont elles-mêmes CPO de leurs bornes publiques, via des syndicats d'énergie (SYDELA, SIEML, SDE...). Un gestionnaire de parking, une chaîne de supermarchés (Lidl, Leclerc) ou un opérateur autoroutier (APRR, Vinci) peut aussi être CPO. Chaque CPO est identifié par un code AFIREV unique qui permet de le retrouver sur les plateformes de roaming.

EMSP : le fournisseur de services de mobilité

L'EMSP (e-Mobility Service Provider) est l'interlocuteur du conducteur. C'est lui qui rend la recharge accessible : il fournit le badge RFID ou l'application mobile, permet de localiser les bornes, de lancer une session et de payer avec une facture unique, quel que soit le CPO de la borne utilisée.

Ce que fait l'EMSP

  • Accès multi-réseaux : un seul badge ou une seule application pour recharger sur les bornes de dizaines de CPO différents, en France et en Europe
  • Localisation et information : carte des bornes disponibles, puissance, connecteurs, tarifs, disponibilité en temps réel
  • Facturation unifiée : une seule facture mensuelle regroupant toutes les sessions, quel que soit le réseau utilisé
  • Service client : assistance en cas de problème de recharge, gestion du compte, historique des sessions

Exemples d'EMSP en France

  • Chargemap : leader français, communauté de plus de 800 000 utilisateurs, badge Chargemap Pass compatible avec plus de 500 000 bornes en Europe
  • Shell Recharge (ex-NewMotion) : réseau mondial, forte présence en entreprise
  • Plugsurfing : EMSP allemand très répandu en Europe, partenaire de nombreux constructeurs automobiles
  • Electroverse (Mercedes-Benz) : EMSP intégré au véhicule, paiement Plug & Charge
  • Electra : opérateur français de recharge ultra-rapide, à la fois CPO et EMSP

Les modèles tarifaires EMSP

Deux formules principales coexistent :

Abonnement

Frais mensuels (2 à 10 €/mois) en échange d'un tarif au kWh réduit. Rentable pour les conducteurs qui rechargent fréquemment sur les bornes publiques.

Sans abonnement (pay-as-you-go)

Aucun frais fixe, mais un tarif au kWh plus élevé. Adapté aux conducteurs qui rechargent occasionnellement en dehors de chez eux.

L'EMSP ajoute une marge sur le tarif CPO pour chaque session. C'est cette marge qui explique qu'une même borne puisse afficher des prix différents selon l'application utilisée. Un écart de 20 à 30 % entre deux EMSP sur la même borne n'est pas rare.

La différence entre CPO et EMSP en pratique

Voici un résumé comparatif des deux rôles :

CPO EMSP
Rôle Exploite les bornes physiques Vend le service aux conducteurs
Client principal L'EMSP (relation B2B) Le conducteur (relation B2C)
Source de revenus kWh vendus, abonnements CPO Marge sur kWh, abonnements
Exemples TotalEnergies, Izivia, Allego Chargemap, Shell Recharge, Plugsurfing
Obligation clé Disponibilité, maintenance, conformité Transparence tarifaire, roaming

Les acteurs intégrés verticalement

Certaines entreprises cumulent les deux rôles. TotalEnergies est à la fois CPO (il exploite les bornes) et EMSP (il vend un badge et une application aux conducteurs). Electra, Ionity et Fastned fonctionnent sur le même modèle. Tesla a longtemps été un cas extrême d'intégration verticale, avec un réseau Supercharger exclusivement réservé à ses véhicules, avant d'ouvrir progressivement ses stations aux autres marques.

La séparation des rôles CPO/EMSP est néanmoins importante pour la concurrence et l'interopérabilité. Si un seul acteur contrôlait à la fois les bornes et l'accès, il pourrait bloquer les badges concurrents ou imposer ses tarifs sans alternative. Le roaming et la réglementation AFIR empêchent cette situation.

Le roaming : Hubject, Gireve et OCPI

Le roaming dans la recharge électrique fonctionne sur le même principe que le roaming téléphonique : il permet d'utiliser un service en dehors du réseau de son opérateur. Concrètement, grâce au roaming, votre badge Chargemap fonctionne sur une borne TotalEnergies, et inversement.

Les plateformes de roaming

Gireve

Plateforme française créée en 2013, cofondée par EDF, Renault, la Caisse des Dépôts et le groupe Eiffage. Gireve connecte plus de 400 opérateurs et couvre la grande majorité des bornes publiques en France. Elle gère l'interopérabilité des sessions et la compensation financière entre CPO et EMSP.

Hubject

Plateforme allemande fondée en 2012 par BMW, Bosch, Daimler, EnBW, innogy et Siemens. Leader mondial du roaming avec le réseau « intercharge », Hubject connecte plus de 1 000 partenaires dans 56 pays. Dominant en Allemagne et en Europe du Nord, il gagne du terrain en France.

OCPI (Open Charge Point Interface)

OCPI n'est pas une plateforme, mais un protocole ouvert et gratuit. Il permet à un CPO et un EMSP de se connecter directement, en peer-to-peer, sans passer par un hub centralisé. De plus en plus d'acteurs l'adoptent pour réduire les coûts de roaming et garder le contrôle sur leurs données.

Règlement AFIR : Depuis avril 2024, le règlement européen AFIR impose le paiement ad hoc (carte bancaire, QR code) sur toutes les nouvelles bornes publiques de plus de 50 kW. Le conducteur n'a donc plus besoin d'un badge EMSP pour recharger : il peut payer directement par carte, comme à une pompe à essence. Cela réduit considérablement la dépendance au roaming.

Les modèles économiques de la recharge

Derrière chaque session de recharge, il y a un modèle économique. Voici les principaux modes de facturation pratiqués par les CPO :

Facturation au kWh

Le modèle le plus courant et le plus transparent. Le conducteur paie en fonction de l'énergie réellement consommée. C'est le modèle imposé par le règlement AFIR pour garantir la comparabilité des prix. Tarif typique : 0,30 à 0,50 €/kWh en AC, 0,45 à 0,70 €/kWh en DC rapide.

Facturation au temps

Le conducteur paie à la minute. Ce modèle incite à libérer la borne rapidement, ce qui améliore la rotation. Mais il pénalise les véhicules qui chargent lentement (petite batterie, charge en fin de cycle). Souvent utilisé en complément : facturation au kWh + pénalité à la minute après un délai d'occupation.

Forfait par session

Prix fixe quelle que soit la quantité d'énergie délivrée. Rare sur les réseaux publics, on le trouve encore sur certaines bornes en grande surface (Lidl, Leclerc). Simple pour l'utilisateur, mais peu transparent et défavorable aux petites recharges.

Recharge gratuite

Outil marketing utilisé par certaines enseignes (IKEA, centres commerciaux, hôtels) pour attirer les clients. Ce modèle disparaît progressivement à mesure que les coûts d'électricité augmentent et que la recharge devient un usage courant plutôt qu'un avantage différenciant.

Décomposition du prix d'une recharge publique

Le prix affiché au kWh sur une borne publique est la somme de plusieurs couches :

Composante Fourchette
Électricité (prix de gros) 0,10 — 0,18 €/kWh
Acheminement réseau (TURPE) 0,03 — 0,08 €/kWh
Marge CPO (exploitation, maintenance, amortissement) 0,08 — 0,20 €/kWh
Marge EMSP + frais de roaming 0,02 — 0,10 €/kWh
Taxes (TVA 20 %) ~0,06 — 0,12 €/kWh
Prix final (borne publique) 0,30 — 0,70 €/kWh

À titre de comparaison, la recharge à domicile revient à environ 0,20 à 0,25 €/kWh (tarif réglementé EDF, heures creuses), soit 2 à 3 fois moins cher que la recharge publique rapide. C'est cette différence qui explique que la majorité des conducteurs de VE rechargent principalement chez eux ou au travail.

Ce que ça change pour l'utilisateur

Comprendre l'écosystème CPO/EMSP permet de faire les bons choix et d'éviter de surpayer ses recharges. Voici les recommandations concrètes :

  • Comparez les EMSP avant de vous abonner. Chargemap, Shell Recharge et Electra sont parmi les plus utilisés en France, mais leurs tarifs varient selon les réseaux. Consultez les comparatifs et les avis d'utilisateurs avant de choisir
  • Vérifiez les offres constructeur. Mercedes (Electroverse), BMW (BMW Charging), Volkswagen (Elli) et d'autres proposent des EMSP intégrés au véhicule avec des tarifs préférentiels sur certains réseaux. Si vous roulez beaucoup, cela peut valoir le coup
  • Pour un usage occasionnel, le paiement ad hoc suffit. Depuis le règlement AFIR, vous pouvez payer par carte bancaire ou QR code sur les nouvelles bornes publiques, sans badge ni application. Pratique en dépannage
  • Pour un usage fréquent, un EMSP multi-réseaux fait économiser. Un badge Chargemap Pass ou Shell Recharge donne accès à des centaines de milliers de bornes en Europe avec une facturation unique. Les abonnements mensuels se rentabilisent dès 2 à 3 recharges publiques par mois
  • Vérifiez toujours le prix avant de lancer la session. Le règlement AFIR impose l'affichage du tarif avant le début de la recharge. Un même point de charge peut coûter 0,39 €/kWh avec un EMSP et 0,55 €/kWh avec un autre : c'est un écart de 40 % sur une charge de 50 kWh
  • Privilégiez le paiement direct CPO quand c'est possible. Sur les réseaux qui proposent leur propre application (TotalEnergies, Ionity, Electra), le tarif CPO direct est souvent moins cher que le tarif via un EMSP tiers, car il n'y a pas de marge de roaming

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JCSM accompagne les opérateurs de recharge sur toute la chaîne : installation et mise en conformité, exploitation et maintenance, et sécurisation des stations. De la conception du projet au suivi opérationnel, nous intervenons en France et en Belgique.

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Questions fréquentes

Peut-on utiliser n'importe quelle borne avec n'importe quel badge ?

Dans la grande majorité des cas, oui, grâce au roaming entre opérateurs via des plateformes comme Gireve et Hubject. Quelques réseaux restent encore fermés, mais c'est de plus en plus rare. Depuis le règlement AFIR (avril 2024), toutes les nouvelles bornes publiques doivent accepter le paiement par carte bancaire ou QR code, ce qui permet de recharger sans badge.

Pourquoi le prix varie selon l'application utilisée ?

Chaque EMSP négocie ses propres tarifs avec les CPO et ajoute sa propre marge. Un même point de charge peut donc coûter 0,40 €/kWh avec un EMSP et 0,55 €/kWh avec un autre. Les frais de roaming (la commission prélevée par la plateforme d'interconnexion) s'ajoutent également. C'est pourquoi il est important de comparer les tarifs avant de lancer une session.

Faut-il un badge pour recharger sur une borne publique ?

Non, ce n'est plus obligatoire. Depuis le règlement AFIR, toutes les nouvelles bornes publiques de plus de 50 kW doivent accepter le paiement par carte bancaire sans contact, et toutes les bornes doivent proposer un paiement ad hoc (QR code, carte). Cependant, un badge ou une application EMSP reste souvent plus économique qu'un paiement direct, car les EMSP négocient des tarifs de gros avec les CPO.

Quelle est la différence entre Gireve et Hubject ?

Ce sont deux plateformes de roaming qui remplissent le même rôle : connecter les CPO et les EMSP pour que les badges fonctionnent sur tous les réseaux. Gireve est française, créée en 2013, et domine le marché français avec plus de 400 opérateurs connectés. Hubject est allemande, fondée en 2012, et est le leader mondial avec une forte présence en Allemagne et en Europe du Nord. De nombreux opérateurs sont connectés aux deux plateformes pour maximiser leur couverture.

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