Europe

Interopérabilité et roaming : recharger partout en Europe

· 7 min de lecture

Recharger un véhicule électrique sur n'importe quel réseau, dans n'importe quel pays européen, avec un seul badge ou une simple carte bancaire : c'est la promesse de l'interopérabilité. Derrière ce terme se cachent des protocoles (OCPI, OICP, eMIP), des plateformes (Gireve, Hubject) et un règlement européen (AFIR) qui transforment concrètement l'expérience des conducteurs. Voici comment tout cela fonctionne.

Le problème de départ : un badge par réseau

Imaginez : chaque autoroute a son propre péage incompatible avec les autres. C'est exactement ce qu'était la recharge électrique il y a cinq ans. Chaque CPO (Charge Point Operator, l'opérateur de bornes) avait son propre badge, sa propre application, son propre système de paiement. Pour traverser la France du nord au sud, il fallait 3 à 4 badges différents et autant d'applications installées sur son téléphone.

Le roaming résout ce problème : un seul badge ou une seule app donne accès à la quasi-totalité des réseaux. C'est l'équivalent du roaming téléphonique : votre opérateur Orange vous permet d'utiliser le réseau Vodafone à l'étranger. Ici, votre EMSP (e-Mobility Service Provider, le fournisseur de service de mobilité) vous donne accès aux bornes d'autres CPO.

Vocabulaire clé : CPO = opérateur qui installe et gère les bornes (TotalEnergies, Ionity, Freshmile...). EMSP = fournisseur de service qui vous donne un badge et vous facture (Chargemap, Shell Recharge, Electroverse...). Un même acteur peut être les deux.

Le roaming : comment ça marche concrètement

Le roaming de recharge repose sur une chaîne d'échanges automatisés entre plusieurs acteurs. Voici le flux technique simplifié d'une session de recharge en roaming :

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Vous badgez avec votre carte Chargemap sur une borne TotalEnergies

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La borne envoie votre identifiant au CPO (TotalEnergies)

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Le CPO interroge la plateforme de roaming (Gireve)

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Gireve vérifie auprès de votre EMSP (Chargemap) que vous êtes autorisé

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Chargemap confirme → la charge démarre

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En fin de session, le CPO envoie le CDR (Charge Detail Record) à Gireve

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Gireve transmet à Chargemap, qui vous facture

Tout cela se déroule en quelques secondes. Le conducteur ne voit rien de cette complexité. Trois protocoles permettent cette communication : OCPI (le plus ouvert), OICP (propriétaire Hubject) et eMIP (Gireve).

Les plateformes de roaming : Gireve, Hubject et les autres

Les plateformes de roaming sont les intermédiaires qui connectent CPO et EMSP. Elles jouent le rôle de hub central, évitant à chaque opérateur de négocier des accords bilatéraux avec des centaines de partenaires.

Gireve

Plateforme française, créée en 2013 par la Caisse des Dépôts, EDF, Renault et des collectivités. Connecte plus de 400 opérateurs et plus de 700 000 points de charge en Europe. Dominante en France. Utilise les protocoles eMIP et OCPI.

Hubject

Plateforme allemande, soutenue par BMW, Bosch, Siemens et d'autres industriels. Réseau « intercharge », plus de 500 000 points de charge dans 60 pays. Dominante en Allemagne et en Europe du Nord. Utilise le protocole propriétaire OICP.

e-clearing.net

Plateforme belge, historiquement forte au Benelux. Plus petite que Gireve et Hubject, mais complémentaire pour couvrir certains réseaux régionaux.

En pratique, les grands EMSP (Chargemap, Shell Recharge) sont connectés à plusieurs plateformes simultanément pour maximiser la couverture. Un EMSP connecté à Gireve et Hubject accède à la quasi-totalité des bornes européennes.

OCPI : le protocole ouvert qui simplifie tout

OCPI signifie Open Charge Point Interface. Développé par la EVRoaming Foundation aux Pays-Bas, c'est un protocole ouvert (gratuit, sans licence) qui permet à un CPO et un EMSP de se connecter en peer-to-peer, sans passer par une plateforme centralisée. La version actuelle est OCPI 2.2.1.

OCPI gère plusieurs types de données :

  • Locations : où sont les bornes, combien de connecteurs, quelle puissance
  • Tarifs : prix au kWh, frais de session, tarification par tranche
  • Sessions : démarrage, arrêt, énergie livrée en temps réel
  • CDR (Charge Detail Records) : données de facturation post-session
  • Tokens : identifiants des badges et des utilisateurs

L'avantage principal d'OCPI : pas de dépendance à un intermédiaire. Deux opérateurs peuvent se connecter directement l'un à l'autre. C'est le protocole recommandé par la Commission européenne.

Attention, ne pas confondre : OCPIOCPP. OCPP (Open Charge Point Protocol) gère la communication entre une borne et son système de supervision (le « back-office »). OCPI gère la communication entre CPO et EMSP (le roaming). Ce sont deux protocoles complémentaires : l'un est technique (OCPP), l'autre est business (OCPI). Pour en savoir plus sur OCPP, consultez notre article sur les différences entre OCPP 1.6 et 2.0.

Le paiement ad-hoc : recharger sans badge

Le paiement ad-hoc, c'est la possibilité de recharger sans badge ni application, directement par carte bancaire ou QR code. Concrètement, deux méthodes coexistent :

Terminal de paiement (TPE)

Un terminal de paiement sans contact intégré à la borne. Vous posez votre carte bancaire, la charge démarre. C'est le plus simple et le plus fiable.

QR code

Un QR code sur la borne redirige vers une page web de paiement. Vous entrez vos coordonnées bancaires et lancez la charge depuis votre téléphone. Pas d'application à télécharger.

Le règlement AFIR impose le paiement ad-hoc sur toutes les nouvelles bornes publiques DC de plus de 50 kW depuis avril 2024, et sur les bornes AC publiques à partir de 2027 (avec certaines exceptions).

L'ad-hoc est souvent plus cher que le paiement via EMSP : l'opérateur n'a pas négocié de volume, et les frais de transaction bancaire s'ajoutent. Mais il garantit l'accès universel : n'importe qui avec une carte bancaire peut recharger, sans inscription préalable. C'est un filet de sécurité, pas le mode d'usage principal.

Ce que le règlement AFIR impose

Le règlement AFIR (Alternative Fuels Infrastructure Regulation) est en vigueur depuis avril 2024. C'est le texte européen qui a mis fin à la fragmentation du marché de la recharge. Voici ses principales obligations en matière d'interopérabilité :

Paiement par carte bancaire obligatoire sur les bornes DC de plus de 50 kW

Affichage du prix au kWh avant le démarrage de la session

Stations tous les 60 km sur le réseau RTE-T (routes principales européennes)

Interopérabilité obligatoire : les CPO doivent accepter les badges roaming

Open data : publication des données de localisation et de disponibilité en temps réel

Puissance minimale par station sur autoroute : 400 kW par station DC, 600 kW d'ici 2028

Sanctions nationales : en France, 15 000 à 75 000 € par infraction

Pour un aperçu complet du règlement, consultez notre article dédié : Règlement AFIR : nouvelles obligations pour les bornes de recharge en Europe.

L'expérience utilisateur en 2026

En 2026, la situation est nettement meilleure qu'il y a trois ans. Avec un bon EMSP (Chargemap, Shell Recharge, Electroverse), vous accédez à plus de 95 % des bornes publiques en France et dans la plupart des pays européens. Le paiement ad-hoc est disponible sur les bornes DC récentes. Les applications affichent les prix avant la charge, conformément à l'obligation AFIR.

Ce qui reste perfectible :

  • Les tarifs roaming varient beaucoup : un même chargeur peut coûter 30 % plus ou moins cher selon l'EMSP utilisé. Comparez toujours avant de brancher
  • Les bornes anciennes n'ont pas toutes le TPE intégré. Le paiement ad-hoc par carte bancaire n'est garanti que sur les bornes récentes
  • Certains petits réseaux locaux ne sont pas encore connectés aux plateformes de roaming. Ce sont généralement des collectivités ou des réseaux très locaux
  • La transparence tarifaire progresse mais reste imparfaite : les frais de stationnement, les tarifs par tranche horaire et les majorations de roaming ne sont pas toujours clairement affichés

Conseil pratique : Pour les longs trajets en Europe, combinez un bon EMSP (couverture maximale) avec une carte bancaire (filet de sécurité ad-hoc). Vérifiez les tarifs de recharge publique de votre EMSP sur les réseaux que vous traverserez.

JCSM accompagne les CPO dans l'interopérabilité

Vous exploitez un réseau de bornes de recharge ? JCSM vous accompagne dans la mise en conformité AFIR, le raccordement aux plateformes de roaming (Gireve, Hubject) et l'intégration du paiement ad-hoc. De la supervision à distance à la maintenance terrain, nous assurons la disponibilité et l'interopérabilité de vos installations.

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Questions fréquentes

Un seul badge suffit-il pour recharger partout en France ?

Quasi oui. Avec un EMSP comme Chargemap ou Shell Recharge, vous accédez à 95 %+ des bornes publiques françaises.

Le roaming coûte-t-il plus cher ?

Souvent oui. L'EMSP ajoute sa marge, de 0 à 30 % selon les opérateurs. Comparez les grilles tarifaires avant de choisir.

Qu'est-ce que l'OCPI et en quoi est-ce différent de l'OCPP ?

Deux protocoles différents. OCPI connecte les opérateurs entre eux (roaming). OCPP connecte les bornes à leur système de supervision. Complémentaires, pas interchangeables.

Peut-on recharger en Belgique avec un badge français ?

Oui. Gireve et Hubject couvrent la Belgique. Les principaux EMSP français fonctionnent sur le réseau belge sans problème.

Besoin d'accompagnement sur l'interopérabilité de vos bornes ?

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